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Promptober 2026 - 13 octobre

Mauvaise chance — tout ce qui peut mal tourner semble déterminé à le faire.

Un bruit au loin, répétif. Je descends les escaliers. Des néons jaunes crasses, une peinture gris humide. Une marche après l’autre, rapidement. « Bip ». La main courante sous la main gauche. Presque pris de vertige à force de tourner toujours dans le même sens. À gauche, tu descends, puis à gauche, toujours à gauche. Une marche après l’autre, rapidement. « Bip bip ». Je m’arrête. Quel étage ? Une lumière blanche au-dessus de la porte avec ce bonhomme vert qui court. La sortie de secours. « Bip bip bip… ». Puis je m’approche de cette porte, le bruit répétitif se fait de plus en plus bruyant, oppressant. J’ouvre. Une lumière blanche.

« Bip bip bip bip ». Une main lancée au loin. La table de nuit, une bouteille vide qui tombe, le réveil s’arrête enfin. Foutues paupières qui collent. J’ai la bouche sèche. Trop bizarre ce rêve. J’émerge et regarde l’heure : 08:47. « Oh merde ! ».

Oui, la tuile, j’ai rendez-vous à 9h, une audition. Pas lavé je pue le fénec. Mal au bide pas le temps de manger. Un coup de flotte sur la trogne, un café réchauffé, une clope, un chewing-gum.

Mache. Mache.

Je n’ose même pas me regarder devant la glace et constater la propension des dégâts.

Mache. Mache goût mentholé.

Alors le chewing-gum pour l’haleine ok, pas mauvaise idée… mais juste après le café, je conseille pas.

Mache goût café-mentholé. Beurk.

Un coup de déo, des vêtements propres… enfin… propres. Je prends mon matos, mes clés et kassos. Mon bras gauche est tout engourdi. La main courante du rêve, j’ai dû dormir dessus une bonne partie de ma courte nuit. L’étuit que je porte me semble à la fois lourd et léger. Étrange sensation. Aller, concentration turbo-focus. J’inspire. Avec un peu de chance, même si j’arrive en retard, les auditions, ça commence jamais à l’heure. Avec un peu de chance, y’a la queue, j’arrive au milieu d’une petite foule de gens version « salle d’attente, à qui le tour, oh, vous êtes encore là monsieur, mais venez, désolé de vous avoir fait attendre. »

Aller go ! Je ferme la porte. Pas le temps pour l’ascenseur. De toute façon je vais plus vite à pied. Main courante à droite, étuit main gauche. Des marches, encore des foutues marches. Je sors de l’immeuble, concentration fois mille, direction métro. « C’est quoi l’adresse déjà ? ». Téléphone poche gauche. Poche gauche, poche gauche… Ma main baladeuse trouve bien la poche gauche mais pas le téléphone. Meeeerde. Vision éclair, comme une photo instantanée : je revois très bien ma coque Sonic Youth à côté de la machine à café. Demi-tour express, les marches deux par deux. Je ne suis même pas encore dans les couloirs bondés du métro que je transpire déjà. Devant ma porte, mes clés poche intérieure. Une veste oui. Mais pas de poche intérieure… Meeeerde. C’est pas la bonne veste. Mes clés, comme le téléphone, tout le monde est resté à l’intérieur. La grasse mat’ de l’horreur…

Angoise… C’est pas le moment. J’ai déjà suffisamment chaud.

— Bonjour Monsieur Vasicek.
— Ah… oui bonjour Madame.

La voisine continue son chemin. Et moi, soudain, perte complète d’espace et du temps. J’ai les jambes molles, la tête lourde. Plusieurs milliards de nanosecondes plus tard, je suis agard, dehors, au pied de l’immeuble. Ma conscience a mis une droite à ma crise de panique. Un crochet bien épicé, KO technique. Rien à perdre, j’y vais. Métro, couloir, direction le plan. «Vous êtes ici ». Comme un idiot je regarde mes pieds, relève la tête. Puis mon esprit comme dans un très bon épisode d’une mauvaise série télé de police scientifique : je vois l’adresse en surbrillance sur le plan, le trajet optimale se dessine, le temps, en minutes et secondes. J’anticipe tel couloir, telle sortie, telle rame à prendre, le trajet optimisé du labyrinthe sous-terrain parisien. Je marche vite. Tellement vite : j’ai l’impression que tout autour de moi tourne au ralenti. Alors soit je vais vraiment très vite. Soit la drogue d’hier… Ah oui ce truc, l’enfer… jamais plus. Soit je suis encore dans un rêve.

J’arrive sur le quai. La rame arrive, parfait, je grimpe. Pas trop de monde. C’est moi où tout le monde me regarde… Paranoia post-drogue ? Non, vraiment, faut que j’arrête ce truc. Changement. Nickel, je sors le premier. Le premier dans le couloir. Le premier à tourner, gauche, puis droite, personne devant moi, j’accélère le rythme, je trace. J’entends la pulsation dans mes oreilles. J’entends une rame. Vite, vite. Premier sur le quai. La rame arrive… dans l’autre sens. OK, c’est le métro qui va dans la direction opposée. Pas si grave. Je tourne la tête et je lis : prochain dans 00 qui clignotte.

Ding dung dong : suite à une avarie matériel, le traffic est interrompu sur la ligne « Vasicek tu l’auras jamais à temps ton entretien ». Veuillez nous excuser pour « on en a rien à foutre de toi Vasicek ».

Mon état d’esprit n’a pas le temps de s’apitoyer. Je sais immédiatement ce que je dois faire. Il y a une station de métro à 500 mètres d’une ligne qui me rapproche de l’adresse de rendez-vous. Évidemment, pas de correspondance. Je sors donc des tunnels, je cours, je traverse. La circulation urbaine m’ouvre le passage et tout se goupille bien. De nouveau le métro. Même lieux mais avec le karma qui va bien. Alors là je transpire et je suis bel et bien dans le métro. Cohérent.

Ça file. Dans ma tête le morceaux que je vais répéter, les points d’attention, les petits pièges à éviter. Le mec en costard cravate qui met son gros bras avec sa main velue qui tient la barre juste devant ma tête. Je vois les coutures de ses boutons de manchette premier prix. Et sa montre, le bracelet qui emmêle et tire les poiles de son poignet. La montre, l’heure… Ah oui, au fait quelle heure !?

09h26. Je sors du métro. « Ça va le faire ». Encore quelques rues. Juste quelques trottoirs pavés. Je croise une vieille et son cabat. Elle a une tête de vieux chat triste. Une brise. Le temps ralentit, en douceur. Je croise aussi la nonchalance d’un lycéen casque aux oreilles, très en avance… ou alors très en retard. Dans les deux cas, je lis dans son attitude qu’il s’en fout un peu. Je lève pour la première fois la tête depuis ce matin. Les nuages qui restent collés aux immeubles, le bleu du ciel en toile de fond. La vie matinale des cafés, des restaux qui prennent le stock du jour. Les camions de livraison complètement à l’arrache en warning. Des automobilistes qui râlent, klaxonnent. Le vélo cargo du père de famille qui passe très sereinement dans toute cette effervescence. J’en viens même à penser que tout le monde est bien trop pressé, stressé… Ouais je sais j’abuse peut-être un peu…

Numéro 49. Interphone. Ça s’ouvre. Studio Sub Panam’. Il y a encore pas mal de monde qui patiente dans le hall à l’entrée. « Sur inscription uniquement » signale un panneau. Tant mieux, pas besoin de se présenter auprès de l’acceuil. À vue de nez, il doit rester encore 7 personnes à passer. Il y a même des gens qui arrivent après moi. Je souris « j’étais large en fait… ». Trève de plaisanterie. Il y a l’audition à passer. Et cette histoire de clés aussi. Chaque chose en son temps.

« Au suivant ».

Je me présente. Je suis prêt. Je pose mon étuit, prends un verre d’eau proposé par l’assistant de la productrice. J’ouvre mon étuit, prends ma guitare… ma guit… Elle est où ma guitare ? Mon étuit est vide. Meeeerde…


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